ILLUSTRATEUR INDÉPENDANT

FICHTRE.

BÂLE / SUISSE

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Mathias Forbach est un artiste pluridisciplinaire et illustrateur. Sous le pseudonyme Fichtre. Son univers créatif mêle quotidien, métaphysique et surréalisme, avec des personnages anthropomorphes, des assemblages graphiques aux couleurs pop et pastels, élaborant une grammaire visuelle unique et en constante évolution.

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Comment as-tu atterri dans le design/art ? Parle-moi brièvement de ton parcours.

J'ai commencé à produire de nombreux dessins dans le cadre d'un projet de maturité. L'idée a rapidement évolué : je voulais que ces dessins deviennent une installation artistique. Ce projet est devenu la base de mes premiers essais graphiques, que j'ai réalisés en grand format sur un mur, libérant ainsi le dessin de la simple feuille de papier.

Par la suite, j'ai intégré l'ECAL dans la section des médias et du design interactif, où j'ai exploré diverses techniques, notamment l'animation. Nous avons beaucoup travaillé sur l'interaction entre les nouveaux médias et le dessin. Mon projet de fin d'études était une animation interactive, ce qui m'a permis de développer différentes facettes du dessin, que ce soit sur des affiches ou pour des identités visuelles. C'est à ce moment-là que ma pratique artistique a véritablement pris forme.

Cependant, mes débuts professionnels n'ont pas été faciles. Je doutais de la viabilité du dessin comme activité principale. À l'époque, le monde du dessin n'était pas aussi diversifié qu'aujourd'hui, et les romans graphiques, par exemple, n'avaient pas encore la même popularité. Avec l'un de mes meilleurs amis, nous avons commencé à dessiner ensemble, formant un duo créatif. Nous avons beaucoup misé sur l'improvisation, sans trop réfléchir au résultat final. On laissait nos dessins émerger de manière spontanée, presque naïve, mais avec une grande énergie. Nous avons produit des autocollants et des fanzines, que nous distribuions un peu partout. C'est ainsi que nous avons commencé à nous faire connaître.

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Est-ce que c'était toujours ce que tu voulais faire ? Tu as d'abord suivi un cursus en design d'interaction à l'ECAL, puis tu as décidé de te concentrer davantage sur l'illustration, si j'ai bien compris.

Je pense que l'idée de poursuivre des études aussi loin que possible était avant tout pour m'ouvrir au monde, accumuler des expériences et expérimenter un maximum de choses, tout en cherchant ce que je pourrais faire plus tard. Ce n'est qu'à l'âge de 26-27 ans que ma voie s'est vraiment précisée. C'est à ce moment-là que le dessin est devenu central dans ma pratique, même si celle-ci n'était pas encore très définie. J'utilisais déjà le pseudonyme "Fichtre" depuis quelques années et participais à divers événements.

On avait commencé à participer à des soirées "Ja Gern", organisée par une association à Lausanne, où, pendant que des DJ mixaient, nous dessinions en direct sur des rétroprojecteurs, cachés derrière un écran. Ces soirées étaient incroyables, et je suis reconnaissant envers les organisateur.ices qui nous faisaient confiance. Cela nous a permis de voyager à travers toute la Suisse pour dessiner dans ces événements. Ces moments sont devenus très importants pour nous, et lors de la dernière soirée, nous avons travaillé avec d'autres illustrateur.ices sur un projet pour Swatch. Cela s'est terminé avec la production d'une montre en édition limitée à 400 exemplaires, où chacun de nous avait apporté sa touche personnelle. C’était une expérience géniale.

Petit à petit, ma pratique s'est resserrée autour du dessin. J'ai également fait de la projection vidéo, mais toujours en gardant le dessin comme base. Beaucoup d'élément graphique projeté était issu de mes dessins. J'ai aussi essayé le web design, mais cela me prenait beaucoup d'énergie, notamment pour la maintenance des sites. J'ai vite réalisé que ce n'était pas ce que je voulais faire de ma vie.

C'est vraiment autour de mes 26-27 ans que j'ai décidé de me consacrer pleinement à ma pratique artistique, centrée sur le dessin, et c'est là que j'ai commencé à développer véritablement mon travail.

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Quelles étaient tes principales inspirations artistiques quand tu étais enfant ?

Mes premiers souvenirs liés à la lecture sont plutôt associés à la bande dessinée. Je me rappelle très bien que c'était une case de BD, en noir et blanc, que j'ai vue quand j'avais environ 3 ou 4 ans. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à comprendre comment lire les signes typographiques, à déchiffrer l’écriture et le langage graphique. Mais recopier des dessins ne m'a jamais vraiment intéressé. Je me souviens vaguement avoir essayé, notamment en réalisant des posters quand j’étais très jeune, mais cela m’ennuyait presque, car ça manquait d’originalité. Dès le début, j'étais plutôt attiré par la recherche d’une certaine singularité.

En arrivant au gymnase, j’ai découvert le travail de Keith Haring, ce qui a été une vraie révélation pour moi. J'étais alors fasciné par New York et les États-Unis, et son œuvre a eu un grand impact sur moi. En parallèle, j’étais aussi intrigué par le fonctionnement des médias. J'ai eu l'opportunité de travailler pour une chaîne de télévision locale, ICI TV, entre Vevey et Montreux pendant le festival de jazz. Là, j'ai découvert les coulisses de la manipulation médiatique : comment ce qu’on voit à la télévision est soigneusement réfléchi et orchestré. Cela a élargi ma perspective, me faisant réaliser qu’il existait quelque chose de plus vaste que le dessin lui-même : l'image, sous toutes ses formes, fixes ou en mouvement.

C'est cette découverte qui m'a poussé à m’intéresser à l’animation lorsque j'étais à l’école. J'étais fasciné par la possibilité de représenter le temps qui passe à travers des dessins animés. Les films d'animation du Studio Ghibli et même de Disney m'ont énormément marqué. Chaque fois qu’un film utilisait l’animation pour insuffler du mouvement à des dessins, ou avec les animés japonais, cela me captivait. Cela m’a véritablement influencé dans mes études artistiques.

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Comment se passe ta routine matinale ? Ta journée type.

En ce moment, ma routine idéale commence par une course matinale, suivie d’un bon café avant de me rendre à mon atelier ici à Bâle, généralement vers 9h30. Je suis très discipliné et une fois au travail, je ne prends pas de pause jusqu'à midi. Ensuite, je m’accorde une pause d’une heure et demie pour déjeuner et me balader en ville, surtout au bord du Rhin quand il fait beau. En hiver, je préfère manger à l’atelier, souvent en rapportant quelque chose. On a aussi une table de ping-pong à l’atelier, ce qui me permet de me détendre un peu avec mon collègue graphiste.

L'après-midi, je me remets au travail, et souvent, je ne vois pas le temps passer. Par exemple, aujourd'hui, j'ai travaillé jusqu'à 18h30 sans m'en rendre compte, tellement j'étais absorbé. C'est ce qu’on appelle le "deep work", où l'on est complètement plongé dans son activité. Pendant que je travaille, j’écoute toujours de la musique, ça m'aide à me concentrer. Avoir un atelier est aussi un vrai plus pour moi, cela crée une séparation claire entre la maison et le travail. Avant, à Vevey, je travaillais souvent chez moi ou dans des cafés, ce qui rendait la coupure plus difficile.

Ces dernières années, je n’ai pas toujours utilisé mon atelier comme je le fais maintenant. Je passais beaucoup de temps chez moi, mais aujourd'hui, je réalise à quel point c’est important pour moi de créer un environnement dédié au travail. Dans ma routine, la lumière et la musique sont essentielles, et même si j'essaie de faire des pauses régulières, lorsque je suis pris dans un projet, j’en profites parfois moins.

Je me suis aussi fixé une règle : dessiner au moins 20 minutes par jour, un peu comme un mantra. J’ai toujours un sketchbook ou mon iPad avec moi, et même si certaines journées sont moins créatives ou consacrées à la recherche, je fais en sorte de ne jamais négliger cette habitude. Cela m’aide à rester connecté à mon travail, et c'est grâce à ces petits moments de dessin quotidien que je continue à avancer, avec plusieurs carnets à disposition pour capturer mes idées. Le soir, je me détends souvent devant une série, bien que je sache qu’il faudrait parfois décrocher un peu des écrans.

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Quel est ton setup actuel ?

J’utilise un ordinateur, un iPad, et deux carnets de croquis, un petit et un grand Moleskine. Par exemple, dans une des catégories dans laquelle je mets certains de mes projets artistiques et mandats sur mon site internet, beaucoup de dessins ont été réalisés au fusain. Quand je travaille pour des expositions ou interagis avec un espace, j’aime utiliser le fusain pour questionner l'environnement. La collaboration avec l'écrivain Jon Monnard dans notre expo à l'espace Caran D'Ache à Lausanne, j'ai utilisé des crayons de couleur. Certains projets, notamment sur iPad, ont un aspect plus digital, mais le tout premier projet que j’ai fait pour Swiss, par exemple, était réalisé au stylo rotring, puis vectorisé. Cependant, la base était sur papier calque, que j'utilise souvent pour mes recherches. Le calque est un outil fétiche pour moi, il me permet d’expérimenter différentes couches et superpositions.

Tu peux aussi voir cette méthode dans mon projet pour les 20 km de Lausanne. J’ai tout réalisé sur calque pour créer un poster en lien avec l'événement. Bien sûr, une fois terminé, j’ai dû vectoriser le tout, mais l’essentiel du travail de dessin s’est fait sur du calque. À part le maillot, qui n'en a pas nécessité, tous les éléments graphiques ont été réalisés sur ce support.

Quant à la couverture pour The Genoser, elle découle d'une résidence artistique que j'ai faite en 2017 à Gênes, avec la ville de Vevey. Lors de cette résidence, j’ai rencontré des personnes formidables qui ont commencé à développer un projet en hommage au New Yorker, mais centré sur la ville de Gênes. Elles m'ont invité l'année dernière à réaliser une couverture. Pour ce projet, j’ai choisi de dessiner directement à la main, sans utiliser de calque. Les dessins qui font partie de ma série Wallgänger lors de la résidence étaient également au au stylo rotring, inspirés par la ville de Gênes et le tarot. Pour The Genoser, le dessin final était en noir et blanc, mais la mise en couleur a été faite sur iPad. Le mélange rotring et iPad a donné un résultat vraiment percutant, j'en suis très satisfait.

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Quelles sont tes inspirations qui t'aident dans ton travail de tous les jours ?

Mon objectif est de développer mon langage visuel, d'affiner ma "grammaire" artistique. Souvent, mes créations tournent autour de motifs récurrents qui, d'une certaine manière, me rassurent. À partir de ces éléments, j'explore différentes questions, notamment ce qui se passe lorsque des couches se superposent, lorsqu'il y a du mouvement ou quand l’œuvre n’est pas forcément figurative. Par exemple, pour l'étiquette de vin du Domaine Christinat, c’est une composition abstraite avec une base bleue et trois cercles orange fluo.

Ces réflexions sont toujours influencées par la collaboration avec la personne pour qui je réalise le projet. Ce n’est pas toujours personnel, comme pour cette cassette créée pour le musicien Londonien G3. Il m'a fait découvrir son univers musical, et cela a déclenché une envie d’explorer un concept "carnavalesque" dans un cadre un peu étrange, inspiré par son son. Ce processus a abouti à une illustration d'un château et d'un personnage joker dansant, ce qui est devenu l'affiche accompagnant la cassette.

Nous avons imprimé cette illustration en risographie, recto-verso, même si la cassette elle-même n'a pas pu être réalisée en riso. Pour moi, l'essentiel est de trouver des zones de rythme dans une composition, en jouant avec des éléments parfois denses, parfois chaotiques, et en créant des contrastes ou des espaces de respiration visuelle. Je m’amuse à jouer avec les formes, leur superposition ou leur séparation, pour générer de la profondeur et du dynamisme.

La musique m'influence, mais aussi les livres. Je m'efforce de lire un livre par mois, et cela me nourrit artistiquement. Je cherche à voir comment un écrivain ou une écrivaine peut m’apporter quelque chose de nouveau dans mon approche du dessin, à travers des images et des idées inédites.

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Crédit photo : Clément Grandjean

Quels sont les sujets que tu aimes le plus explorer dans ton travail ?

Le temps ! Si je pouvais me consacrer uniquement à cela, ce serait d’explorer les questionnements autour du temps qui passe et des émotions. J'aime travailler sur l'expression des émotions, mais de manière subtile, en les cachant sous plusieurs couches. Je trouve fascinant que le dessin puisse véhiculer des émotions multiples, non pas immédiatement évidentes, mais à découvrir au fur et à mesure.

Le concept d’image dans l’image est aussi central pour moi. J’aime créer des œuvres où plusieurs éléments coexistent, où l’on découvre de nouveaux détails au fur et à mesure. Ce que tu perçois d’abord peut sembler simple, mais en y regardant de plus près, des éléments cachés apparaissent, presque comme des secrets. C’est ça qui me passionne : l’idée qu’une image puisse se dévoiler progressivement, qu’elle incite à prendre le temps de la regarder, tout comme moi, j’ai pris du temps à la créer. Même dans un dessin qui semble simple au premier abord, je veux que tu t’arrêtes, que tu prennes le temps d’y plonger.

Cela ne s’applique pas à tous mes dessins, mais cette complexité est un moyen pour moi d’exprimer ce que j’aimerais que tu ressentes en découvrant mon travail.

Quant à un autre aspect de mes œuvres, je ne sais pas si tu as vu le personnage qui revient souvent dans mes illustrations : celui avec un trou sur la tête. Ce personnage est récurrent dans mon travail, et je pense qu'il cristallise bien certaines des questions que j’aborde, mais de façon abstraite.

Y a-t-il une raison ou une histoire particulière derrière ce personnage ?

Il s'appelle "le Pilote" et, pour moi, c'est un peu comme mon guide dans le monde du dessin. Il m'accompagne dans mes projets de recherche et me rassure. Quand j'ai commencé à dessiner, je manquais de confiance, je faisais des essais graphiques, sans vraiment savoir où j'allais. Mais dès que je l’intégrais à mes esquisses, il me donnait un sentiment de sécurité, me permettant d’avancer. Avec le temps, il est devenu un personnage récurrent, presque comme une mascotte.

Je m'identifie beaucoup à lui, car il m'aide à exprimer aussi bien des émotions négatives que positives. Comme il n’a pas de visage, chacun peut y projeter ses propres émotions. Pour moi, il est comme une enveloppe qui observe et traduit le monde à sa manière. À l’origine, il n’était qu’une tête, mais au fil du temps, il s'est étoffé et a gagné un corps, un corps neutre, non genré, qui renforce son rôle de guide universel.

Ce personnage a tellement pris de place dans mon travail que certains clients me demandent même de l'intégrer dans leurs projets.

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As-tu un projet de rêve ? Un(e) artiste, une marque avec qui tu souhaiterais collaborer ?

J'avais un rêve : réaliser un livre. L'année dernière, j'ai enfin pu le concrétiser. C'était un projet important, un peu comme l'étape suivante après un grand défi comme le projet avec Swiss. Mais il est toujours compliqué de se projeter dans la réalisation d'un rêve, surtout lorsqu'on grandit. Avec le temps et l'évolution du monde, nos aspirations changent. Aujourd'hui, je me demande surtout ce qui a vraiment du sens.

Plutôt que de poursuivre des projets grandioses, je préfère me concentrer sur des projets qui résonnent vraiment, qu'ils soient personnels ou pour une marque. Ce qui m'intéresse, c'est de travailler avec des clients passionnés qui veulent aller plus loin, questionner l'usage du papier, les couleurs, et s'engager dans une recherche approfondie. Malheureusement, peu de clients le font, souvent par manque de moyens ou de temps. Très peu d'entreprises se lancent dans ce type de démarche. Peut-être qu'on retrouve un peu cet esprit dans la mode, même si elle est elle-même sujette à questionnement aujourd'hui.

Je n’ai pas de "projet de rêve" en tête en ce moment. Ce que je souhaite vraiment, c'est que mon travail puisse voyager davantage à travers le monde. Peut-être que ça serait finalement mon nouveau rêve.

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De quel projet es-tu le plus fier ? Et pourquoi ?

J'ai récemment travaillé sur une bouteille de vin pour un ami vigneron, et c'est sans doute l'une des créations les plus abstraites que j'ai réalisées. Étant habitué à un style très figuratif, ça m'a fait énormément de bien de m'éloigner de la représentation classique et de me laisser aller vers quelque chose de plus graphique, moins conventionnel. Pour ce projet, j'ai pu vraiment me libérer et expérimenter avec des formes géométriques simples, du vernis et des couleurs fluo. C'était une belle opportunité d'explorer un nouveau terrain créatif, et je trouve ça génial qu'on ne me sollicite pas toujours pour un style figé. J'aime diversifier mon approche, et ce projet m'a permis de m'exprimer autrement, de sortir des cadres habituels.

Le concept pour cette bouteille est simple : à chaque nouveau vin ou cépage, il y a une étiquette unique. Ce n'est pas la première fois que je collabore avec ce vigneron, donc cette nouvelle étiquette s'inscrit dans une continuité qui fait sens. C'était un vrai plaisir de travailler là-dessus.

Sinon, je suis très fier de mon livre "Devenir Dessin". C'était un projet très personnel, un véritable espace d'expression pour moi. J'ai eu la chance de le réaliser de A à Z, de questionner et de développer mon travail dans ce format. Le livre retrace douze années de pratiques de dessin autour de thèmes personnels et poétiques. Ce projet a été un véritable processus créatif, et j'étais vraiment ému de l'achever. C'était sans aucun doute l'un des temps forts de l'année dernière, et je suis très heureux d'avoir mené ce projet à terme.

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Un remède contre la feuille blanche ou le blocage créatif ?

Sortir de sa routine, vraiment. Aller au cinéma, au théâtre, assister à un spectacle de danse, ou simplement se poser devant une fenêtre. Si l'inspiration ne vient pas, c'est que ça ne marche pas, et c'est pas grave. Il faut s'autoriser à faire autre chose, à sortir des attentes qu’on a de soi-même. Prendre le temps de voir autre chose, chiller au bord du lac ou autre, se détacher de sa bulle, quitter sa zone de confort. Aller voir des amis, se ressourcer. Et puis, une fois prêt, revenir à son travail avec un regard neuf, nourri par ce moment de déconnexion.

Ce qui m'intéresse, c'est de travailler avec des clients passionnés qui veulent aller plus loin, questionner l'usage du papier, les couleurs, et s'engager dans une recherche approfondie.

Mathias Forbach

Quels conseils donnerais-tu à quelqu'un qui souhaite devenir illustrateur/trice ?

Personnellement, je me considère chanceux d'avoir su garder les pieds sur terre tout en avançant dans cette voie. C'est un parcours que je souhaite à tout le monde, mais ça ne tombe pas du ciel. Pour y arriver, il faut sortir de sa zone de confort, explorer le monde, accumuler des expériences. Il ne suffit pas de rester enfermé dans sa bulle, il faut provoquer les opportunités, aller les chercher. Ce n’est pas seulement en restant derrière un écran, même si on peut dessiner sur un iPad, qu’on va trouver l'inspiration. Il faut se nourrir du réel, voyager, sentir, ressentir, observer le monde sous tous ses angles. Trouver son style, c’est crucial, mais ça prend du temps. Il ne faut pas chercher à aller trop vite. À 16 ans, je rêvais déjà d'avoir un style bien défini, mais ce n'est que vers 30 ans que j'ai commencé à le trouver. C’est en explorant différents styles qu'on apprend le plus. Par exemple, dessiner un dessin par jour pendant un an, ça aide vraiment à tester différentes techniques, différents processus créatifs. Il ne faut pas se limiter, car le style n’est pas figé, il évolue.

Chaque personne a son propre style, et il n’y a pas une seule manière de dessiner. Personnellement, je me suis toujours éloigné des dessins "beaux" ou académiques, car ce n'est pas ce qui m'intéresse. J'ai cherché une autre voie, un autre style, et il faut savoir faire des choix et les assumer.

Dessiner quotidiennement m’a énormément aidé à tester des choses, qu’elles soient abstraites, figuratives, ou réalistes. C’est un excellent exercice pour affiner sa technique et développer sa créativité. Prendre le temps d'observer, de réfléchir à ses idées, est essentiel. Je me nourris de ces moments où je suis entouré de conversations, où je peux dessiner sans être distrait. ÃŠtre immergé dans ces moments, avec ou sans musique, entouré ou seul, et toujours avoir de quoi dessiner sur soi, c’est une piste idéale pour développer son propre univers créatif.

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Où peut-on te suivre et consulter tes travaux ?

Vous pourrez me retrouver sur fichtre.ch et visiter mon shop.
J’utilise également Instagram, et qui sait, peut-être que plus tard, je lancerai quelques vidéos sur YouTube, mais pour l’instant, le temps me manque.

Fondue ou Raclette ?

La fondue, c'est tout un symbole pour moi. Mon tout premier job, c'était dans un restaurant de fondue à Vevey. Je n'oublierai jamais ceux qui m'ont offert cette opportunité, c'était vraiment incroyable. J'avais mes petites habitudes là-bas, c'était une période géniale. Après une journée de travail entouré de fromage, rentrer chez soi avait une saveur particulière. Mais au-delà de ça, la fondue évoque aussi des souvenirs d'enfance, des moments de joies passés en famille autour de la table.

Crédits photos : David BoraleySébastien Agnetti

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